posts de février 2008


Côte d’Ivoire : Affaire les Nouveaux Riches : Gbagbo doit-il être blâmé ?

Abidjan, rue du commerce, Plateau. Devant un kiosque à journaux, les badauds rassemblés lisent les titres des journaux. Comme chaque matin, chacun passe devant le kiosque et, en lisant les unes des journaux, a une idée hautement précise de l’actualité. Ce jour du 24 Janvier 2008, la une des journaux était dominée par les propos du Président Gbagbo sur la fameuse question des nouveaux riches, principalement la folie des grandeurs et l’insolence des refondateurs devenus subitement fortunés après leur prise du pouvoir en 2000. C’est la pensée exprimée à haute voix par l’un des titrologues[1]  qui va déclencher une conversation très animée. Cissé, chauffeur d’un patron de la refondation, assistait à l’empoignade entre Sery Digbeu et Yao Kouakou, deux ex-employés de la défunte Air Afrique, aujourd’hui chômeurs mais  qui passent leur temps à traîner à la rue du commerce pour se remémorer les souvenirs de la glorieuse époque.[2]

Yao Kouakou (YK) : Ah çà là vraiment Gbagbo aussi ! Comment il peut dire des conneries[3] pareilles ?

Sery Digbeu (SD) : Gbagbo a dit quoi encore matin là ? Vous êtes là, vous traînez au Plateau pour raconter des bêtises sans lire les articles de journaux. Espèce de titrologues!

YK : Eh mon frère !

SD : Ne m’appelle pas ton frère. Comment tu peux critiquer sans fondement le Président Gbagbo et tu m’appelles ton frère ? Non ! Aujourd’hui seulement je ne suis pas d’accord avec tes propos Kouakou.

YK : Ah Sery toi aussi ! A cause de petit commentaire que j’ai fait tu soulèves gbangban[4] ? Comment vous qui étiez les premiers à nous critiquer, vous ne voulez même pas qu’on vous critique ? C’est quelle affaire de faux démocrates ça là !

SD : Eh Kouakou, ne va même pas là-bas! Ce que Gbagbo a dit c’est quoi ? Tu as lu le journal ? Non ! Mais tu parles beaucoup ce matin comme ça.

YK : Sery, est-ce qu’on a besoin de lire les journaux pour voir ce qui se passe dans le pays ? Demande à Cissé qui est là. Lui-même te dit les choses tous les jours ici. Est-ce que tu parles ? Quand l’autre jour il a dit que son patron lui a remis cinq millions pour une petite étudiante qui est sa maîtresse alors que lui-même qui le conduit partout il n’a jamais mis les pieds chez lui, encore moins lui donner quelque chose pour sa femme ou ses enfants, est-ce que tu as parlé ? Non ! Mon frère ! Tu sais que ce que je dis est la vérité. Ou bien c’est la honte qui te fait entrer en transe ? Je parle pian et tu sais tu ne peux rien me faire. Voilà j’ai dit pour moi. Répond maintenant ?

SD : Eh Kouakou , l’aigreur te fait délirer. Ce n’est pas la faute à Gbagbo si Bédié était soûlé le 23 Décembre et a ainsi permis à une simple grogne des soldats de se transformer en coup d’état. Nous ça fait un million de coup d’état que les gens ont essayé et ils ont échoué parce que Gbagbo la oh, c’est garçon. Sinon ce qu’il a dit est que vous aussi, quand Houphouët a pris le pouvoir, vous avez bénéficié du système et vous aussi vous avez construit des villas. On se rappelle des Jaguar et autre avion privé d’un ministre de l’époque. Lui son père était-il milliardaire ? Gbagbo au moins, il parle de ses amis qui l’ont aidé dans la lutte. Il est reconnaissant. Cissé, raconte-lui ce que tu as entendu l’autre jour dans la voiture de ton patron. Raconte kê !

Cissé : Eh les gars, votre affaire ne me mettez pas dedans. Je suis un pauvre chauffeur et je ne veux pas qu’on me mêle à des affaires trop politiques. Je veux nourrir ma femme et  mes enfants. Demain, c’est vous comme ça qui allez me critiquer pour dire qu’il avait un bon boulot avec un DG qui le payait bien et à cause de sa bouche qui ne se ferme pas il a été renvoyé. Et c’est vous qui allez me donner un nouveau travail ? Laissez-moi à côté petit !

SD : Non Cissé, je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas toi qui m’a dit que l’autre jour dans la voiture de ton patron il avait un autre ami qui disait que le Président les avait convoqué pour se plaindre de ce que le peuple murmure contre les refondateurs. Et qu’est-ce qu’ils lui ont dit ? Que le peuple murmure, on le sait. Mais nous on a un appareil à gérer et nous devons assurer sa survie quand lui ne sera plus au pouvoir en devenant des hommes puissants financièrement. Ce ne sont pas les murmures qui nous trouveront demain l’argent pour financer le parti. Est-ce que le Président se rappelle que nous avons cotisé tous nos derniers pennies pour financer le parti ? Où était le peuple qui murmure aujourd’hui ? Les gens du PDCI murmurent mais eux ils n’ont pas fait le point des cotisations du peuple au niveau du parti. Eux au moins ils ont eu la cotisation de tous les Ivoiriens. Nous avons eu celles de nos militants uniquement. Et encore que là il faut relativiser. Voilà la vérité. On n’a pas d’état d’âme à avoir car dans ce pays tout le monde a pillé et personne n’a été inquiété. On ne sera pas les premiers parce qu’on n’a pas été les premiers.

YK : Ah bon ! C’est ce qu’ils disent ? Pourquoi alors ils ont critiqué le PDCI pour faire comme eux ?

Jean-Luc : C’est certainement parce qu’ils sont de la même racine : tous des Houphouëtistes, de gauche comme de droite doublés d’enfants gâtés du système colonial  et du début des indépendances. Ils n’ont jamais fait d’effort. Ils ont tout eu et attendent tout de la nation et du peuple comme depuis toujours. Nous les jeunes, ce n’est pas la même chose. Nous avons souffert et nous continuons de souffrir de leurs manquements graves à l’éthique morale et politique. C’est ce qui est la vérité !

SD : Eh petit, qui t’a branché ? Espèce de fesciste[5] rebelle ! Ce qu’on dit, c’est que quand le FPI avait besoin de finances, personne n’a aidé Gbagbo à part les gens que vous critiquez à longueur de journée aujourd’hui. C’est leur tour et ça,  vous ne pouvez rien faire contre ça. Est-ce que c’est Gbagbo qui est en faute ou alors tout le système ? Car face à la pression financière, le leader a eu recours à ces hommes et ces femmes un jour. Pourquoi voulez-vous qu’ils les condamnent aujourd’hui?

Du coin de l’oreille, alors que je tendais un billet au Diallo pour acheter mes cinq journaux, j’écoutais les arguments des uns et des autres. Lorsque je quittai la place pour aller vers mon bureau à la rue des banques, je me demandais en fin de compte, qui a tord dans cette affaire ? Le leader qui laisse ses gars se remplir les poches pour préparer les lendemains qui ne seront peut-être pas joyeux pour eux ? Le peuple qui impose une dynamique infernale au leader et à ses compagnons en les laissant seuls face à la pression des activités tout en exigeant d’eux la satisfaction de ses besoins immédiats ou lointains ? Assurément, le débat était intéressant…

A suivre



Titrologue vient des termes titre et logos pour décrire, en français ivoirien de la rue, les personnes qui construisent leur discours et/ou leur opinion politique sur la base de la lecture des unes des journaux sans avoir jamais acheté une copie. On assumera comme il est de coutume au bord de la lagune Ebrié que les patronymes ethniques sont des indications des appartenances politiques 

Conneries signifient imbécilités 

Gbangban est un mot en français de la rue ivoirien qui signifie palabre, guerre, violence. Il est né au lendemain du coup d’état de Décembre 1999 et des violences politico-militaires qui ont suivi. Gbangban est justement le descriptif de ces confrontations militaro-civiles. 

 Un Fescist est ancien ou actuel militant de la FESCI, la puissante fédération estudiantine et scolaire de côte d’ivoire.

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